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L’Endotest® pour mettre fin à l’errance médicale de l’endométriose ?


Article écrit par Laura Cesari, Docteure en pharmacie 👩‍🎓 et Clémence, fondatrice UMI

Endotest® est un test salivaire de l’endométriose développé par la société Ziwig, une start-up française basée à Lyon travaillant sur le séquençage ADN, et disposant du marquage CE (ce marquage valide l’engagement du fabricant à respecter les exigences réglementaires en vue de sa libre circulation sur l’ensemble du territoire de l’Union européenne).

illustration du test

Illustration issue du site de l’entreprise, mise à jour 10/2023 (source)

L’ambition de l’entreprise est de mettre un terme à la période de diagnostic incertain de l’endométriose, réduisant ainsi le délai moyen de diagnostic de 8 ans à quelques jours (pour les diagnostics complexes).

Pour cela, elle travaille notamment en collaboration avec l’association de patientes ENDOmind (une association française agréée par le ministère de la Santé pour lutter contre l’endométriose).

Pour qui a été créé ce test ?

Pour les femmes âgées de 18 à 46 ans, en âge de procréer, souffrant de douleurs pelviennes (douleur localisée dans la partie inférieure de l’abdomen qui peut se manifester à n’importe quel moment du cycle) chroniques persistantes, accompagnées de symptômes évocateurs d’endométriose tels que :

et qui sont en attente d’un diagnostic médical.

Le test n’ayant pas encore été évalué chez les adolescentes, il ne peut donc pas être proposé aux femmes mineures pour le moment.

Pourquoi faire ce test ?

L’Endotest® a été pensé pour les diagnostics complexes lorsque les évaluations cliniques et d’imagerie ne permettent pas d’établir le diagnostic. Son utilisation peut potentiellement éviter le recours à la cœlioscopie, une procédure chirurgicale invasive et douloureuse actuellement considérée comme la troisième option dans de telles situations. Ce diagnostic rapide peut aussi permettre à ces patientes d’être prise en charge plus rapidement et donc mieux soignées.

professionnel de santé réalisant une échographie

En première intention, la HAS (Haute Autorité de Santé) recommande de faire une échographie pelvienne (sauf pour les femmes n’ayant jamais eu de rapports sexuels pour qui l’IRM sera proposée). En deuxième intention, c’est l’IRM qui permettra de faire un diagnostic.

Sur quel principe repose le test ?

Le test analyse des milliers de biomarqueurs, qui sont des molécules contenant des informations, afin d’identifier les 109 microARN associés à la maladie. Il se sert d’un algorithme élaboré par intelligence artificielle pour repérer le microARN potentiellement responsable de l’endométriose.

Cela est basé sur neuf publications d’essais cliniques réalisées entre 2022 et 2023, portant sur plusieurs patientes âgées de 18 à 46 ans présentant des symptômes d’endométriose (1 064 patientes sélectionnées, parmi lesquelles 257 suspectées d’endométriose). Actuellement, des études sur les adolescentes (10 à 19 ans) sont en cours d’après le rapport de la HAS, validé par le Collège le 21 décembre 2023.

Comment ça marche ?

Une fois que la patiente a craché dans le tube, le médecin l’agite pour mélanger la salive avec les substances présentes. Ensuite, l’échantillon est envoyé à un laboratoire spécialisé chargé de séquencer les microARN pouvant indiquer la présence d’endométriose. À ce stade, le laboratoire utilise un algorithme d’intelligence artificielle pour fournir le résultat du test en quelques jours (le délai exact dépend de l’acheminement), puis le laboratoire transmet les résultats au médecin.

Il y a trois résultats possibles :

Ces résultats sont fiables à plus de 95 % d’après l’entreprise.

Aujourd’hui dans quel pays est-il disponible ?

Aujourd’hui, le test peut être réalisé au Luxembourg, en Suisse, en Allemagne, en Autriche, au Danemark, en Norvège, en Suède, au Royaume-Uni et dans certains pays du Moyen-Orient, sous réserve de prescription médicale.

carte disponiblité du test

Carte issue du site de l’entreprise, mise à jour 10/2023 (source)

Il n’y a pas encore de date pour la mise sur le marché dans les pays “bientôt disponible”.

Combien cela coûterait pour les patientes en France ?

Le PDG de Ziwig, Yahya El Mir, décrit l’EndotestⓇ comme une “innovation majeure” ce qui justifie son remboursement. Son coût s’élèverait à 750 euros (voire 1 000 euros) par test.

L’avis de la Haute Autorité de Santé

Cependant, la Haute Autorité de Santé (HAS) estime que les données actuelles sont “trop préliminaires pour recommander un remboursement généralisé”. Elles ne permettent pas de prouver directement l’impact positif du test sur la prise en charge des patientes en raison du nombre limité de patientes suspectes d’endométriose incluses dans la première étude de validation clinique réalisée par le fabricant (257 patientes). Par ailleurs, certains éléments concernant les essais cliniques sont incomplets dans le dossier soumis à la HAS.

Malgré cela, elle reconnaît le caractère innovant du test ainsi que ses performances diagnostiques et envisage de l’intégrer dans le forfait innovation (montant forfaitaire qui est attribué aux établissements de santé ou aux professionnels de santé pour couvrir les coûts associés à l’utilisation d’innovations qui ne sont pas encore inscrites dans la liste des produits remboursables). Cela faciliterait son accès, en attendant des résultats plus probants. Si ces résultats se révèlent concluants, la HAS envisagera alors un remboursement généralisé en troisième intention pour les diagnostics complexes.

La promesse de la ministre de la Santé

Le jeudi 7 mars, la ministre de la Santé Catherine Vautrin a annoncé, sur le plateau de France 2, le remboursement intégral du test à partir de janvier 2025 s’il est validé par la HAS. Ce sont alors 10 000 à 20 000 femmes qui pourront en bénéficier.

L’avis de l’association partenaire de Ziwig, ENDOMind

Le jour même, l’association s’est exprimée à travers un post Linkedin sur la promesse faite par la ministre de la Santé.

”[…] les chiffres annoncés de 3000 tests remboursés en 2024 et de 10 à 20 000 tests en 2025 sont dramatiquement sous-évalués au regard du nombre de patientes actuellement en attente d’un diagnostic.”

Par ailleurs, l’association estime que ce test devrait être utilisé en première intention et non en troisième intention comme évalué par la HAS.

Les limites de ce test

En-dehors du manque d’études, qui va d’ailleurs être comblé prochainement, il est important de souligner que ce test ne permet pas de faire un diagnostic complet. Autrement dit, il permet de dire si oui ou non une personne a de l’endométriose, mais ne permet pas de la localiser ni de la quantifier. Pour être correctement prise en charge, une patiente doit aussi avoir des imageries médicales pour localiser les lésions et apprécier leurs tailles. Cela permet notamment de savoir si la maladie impacte la fertilité.

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